La Voie Agrippa, le chemin impérial.

Les ruraux charentais sont restés très attachés aux voies romaines. De génération en génération, ils se transmettent la mémoire de certains tronçons, qui, sous le bitume qui les recouvre, n'ont pas changé de tracé depuis 2 000 ans.

agripacarte.jpg (79595 octets)Si vous voyagez avec un bon charentais et qu'il vous fait passer sur une voie antique,vous l'entendrez exulter: "C'est la Voie romaine !" Vous aurez beau regarder rien de romain dans l'affaire Rien que du macadam qui ne mérite franchement pas de s'émouvoir. Mais tournez vous vers votre accompagnateur : il a la goule réjouie, 2000 ans d'histoire sous les bots, apparemment ça a laissé des traces. C'est son père qui lui a dit que là, était la Voie. Il le tenait lui même de son père qui le tenait de ses ancêtres. Et il en est ainsi depuis les Romains. Jacques Dassié, tout nouvellement promu à l' Académie de Saintonge et surtout connu pour ses extraordinaires photos aériennes, véritables mines d'or pour les archéologues, explique: "Si vous comptez quatre générations par siècle, sur 20 siècles, ça vous en fait 80. Et si vous comptez que ce sont les grands-parents qui souvent transmettent la mémoire, cela ne vous fait plus que 40 générations". Et quarante générations, dans l'histoire de l'Humanité, autant dire qu'o remonte a la semane darnière. Mais pourquoi donc les voies romaines ont elles tant marqué les esprits ? Comment imaginer que dans deux mille ans, les générations futures puissent se transmettre religieusement le tracé de nos actuelles autoroutes ?

Qui, dans la région. veut comprendre quelque chose aux Romains, ne plonge pas dans un l'Astérix. pour en savoir davantage, mais se tourne vers Saintes. Là, il y a 2050 ans, o y'avait reun. Et voilà qu'aux environs de -20 avant Jésus-Christ, une ville s'édifia sur un rectangle d'une trentaine d'hectares. Et Saintes devint la première ville romaine de l'Ouest. Ce qui fait dire à certains qu'au temps des Romains, la grande Saintonge rayonnait des Côtes d'Armor aux Pyrénées. Mais pourquoi Saintes ? On raconte dans notre boune veye capitale des Santons, qu'après la défaite de nout' paur' Vercingétorix (52 avant J C) et celle (très personnelle) de César (assassiné en 44 avant J.C ), o yut à Rome. in gas noumé Octave (o l'était in p 'tit neuvia que nout' Grand-Jules avait adopté) qui prit le nom d'Auguste quand il devint empereur (en 27 avant J.C). Auguste envoya en Gaule un de ses sbires, cumulant le titre de général et de ministre. Mais pas n'importe lequel : son beau-père chaffré Agrippa ! Et il lui demanda, dirait Gueurnut, de fout' in peu d'ordre chez ces foutus Gaulois et de les gallo-romaniser au carré. Agrippa s'installa à Lyon, qui devint capitale des Gaules. Mais coum ine capitale, o vaut reun si à partir d'elle, les routes ne vont nulle part, il s'employa aussitôt à en créer. Otout, poursuivrait Gueurnut, notre houm s'assite a ine tabye iprit un bic et dau papier et pour ce qui nous concerne. partant de Lugdunum (Lyon), il fit comme Christophe Colomb: il traça dreit plein ouest. Agrippa trouva la mer, i cula un peu à cause des marais, mais pas trop pour ne pas repasser la Charente dans l'aut' sens. Il s'estopa juste avant, dans un endroit où le fleuve ne subissait plus l'influence des marées, fit une croix et écrivit "Médiolanum Santonum". Saintes était née. Ne restait plus qu'à construire Autant dire que cette voie romaine, venue tout droit de Lyon, fut de suite considérée comme impériale.

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Au bout d'Agrippa: Germanicus

L'Arc de triomphe de Saintes a célébré l'achèvement de la voie Agrippa, de Lyon à Médiolanum Santonum. Ses montants étaient ancrés dans les fon-dations d'un pont qui lui succédait pour franchir la Charente. Ses deux ouvertures, aujourd'hui plus hautes de deux mètres, rappellent les deux sens de la circulation. Lors de la démolition du pont en 1843, l'Arc de Germanicus aurait dû subir le même sort si Prosper Mérimée, alors inspecteur des monuments historiques, n'avait exigé sa conservation. L'édifice fut démonté puis reconstruit en retrail sur les berges. Les pierres abimées furent remplacées par de la piarr' neuve de Taillebourg et il fut surélevé. La construction d'un nouveau pont, plus en aval, lui a fait perdre sa signification.