L'itinéraire Antonin: La voie officielle.

On ne connait pas d'autre chemin de Compostelle que celui indiqué par le Guide du Pèlerin. Il suit l'itinéraire Antonin, du nom de l'empereur romain qui a initié la grande voie romaine venant du nord. Un trajet qui ne fournit pas autant de traces compostellanes qu'on pourrait l'espérer.
LE père Coutant. actuellement chez les Petites soers des Pauvres de
Saintes, le dit et on le coit : il a eu entre les mains un acte notarié de 1760, faisant
état de différends entre les habitants d' Aunay et l'évêque dau moment.
Thiau gâs voulait leur faire modifier leur cimetière et démolir un mur, bâti
après les Guerres de religion, qui obstruait une ouverture de l'église donnant sur la
voie romaine. "Pas possible', répondit la popula tion, "car là, passe le
chemin des Pèlerins" On craignait d'ouvrir de crainte de brigandage.
Quand on dit "Pèlerin", dans les Charentes, on pense systématiquement
"Compostelle" et ce n'est pas à Aulnay-de Saintonge, non citée dans le Guide
d'Aimery Picaud, que l'on vous dira le contraire. Sa superbe église n'a rien de
compostellan à vous montrer Mais on vous rappellera l'existence d'une aumônerie
Saint-Martin et d'in hôpiteau, qui auraient essentiellement servi à accueillir
les Jacquets, dUt-on néanmoins penser que ces structures médicales servirent tout autant
à apaiser les maux des gens dau coin. A Aulnay, être une étape de Compostelle
est un principe acquis.
Mais quand on plonge dans le travail remarquable de Denis Chapacou, l'érudit local, on se
dit que ce canton d'Aunay n'a manqué ni de prieurés ni de sources miraculeuses, pour
satisfaire grandement le pèlerin local. N' y avait-il pas, à Dampierre sur-Boutonne, une
"Chapelle des pèlerinages" que l'on fit batir quand Barnabé partit se faire
ermite ? Ne raconte-t-on pas qu'à Contré, on trouva dans un mur au XIXe siècle, une
cachette conte nant un crane enveloppé de dentelles et de soie, identifié comme "le
chef" (la tête) de saint Bernard, patron de l'église ? Avec pareille relique,
inutile de franchir le col de Roncevaux pour faire grande dévotion ! Mais bien plus que
Compostelle, ce qui préoccupe davantage la société archéologique locale, c'est de
savoir ce qu'il y avait avant l'église. Jean Michel Hermans, in né natif dau coin,
s'est forgé une opinion : "Saint Martin", explique-t il, "fut le premier
grand destructeur des lieux de cultes celtiques et partout où l'on trouve des mégalithes
importants, on trouve aussi Saint Pierre Ce n'est donc pas par hasard si l'église
d'Aulnay est dédiée à saint Pierre. Elle a été édifiée sur un important lieu sacré
de l'époque mégalithique. C'est la raison pour laquelle le village est loin de l'église
car il a toujours été sacrilège de construire un édifice non religieux sur un lieu
sacré'. Effectivement, à deux cent mètres de l'église, in gâs en avion a vu
un cercle marquant l'emplacement de ce que les gens d'Aulnay appellent la "Tour
druidique", détruite au siècle dernier par le propriétaire du champ Ses fondations
n'ont jamais été fouillées. Du coup, on se demande si la voie romaine à Aulnay n'avait
pas déjà une vocation de "Chemin des Pèlerins", bien avant que l'on entende
parler de saint-Jacques !