Et asteur, Ausone ?

Non mentionné par le Guide du Pèlerin, le département de la Charente n 'en a pas moins compté des abbayes, des pèlerinages locaux et des tombeaux-saints que les Jacquets ont vénéré en rejoignant Saint Jacques de Compostelle.

ausone.jpg (71171 octets)On vous dira dans le département de la que ce n'est pas parce qu'in gâs de Parthenay a fait la gloire de ses collègues de Xaintonge en laissant par écrit le chemin qu'il préférait, qu'o faut creire qu'o yat jhamais eu de pèlerins de Compostelle qui sont passés par chez eux. S'appuyant sur les propos du grand spécialiste du pèlerinage qu'est Raymond Oursel, on vous précisera que le trajet Ruffec/Barbezieux/Montlieu n'était pas plus long que Melle/St-Jean d'Angély/Blaye, pour se mettre sur le "chemin de Roland de Roncevaux" ! D'ailleurs, on connait une route de passage faisant traverser, par Nanteuil, les pèlerins venus de la grande abbaye de Charroux dans la Vienne et les menant vers Angoulëme Ils ressortaient plein sud, l'église Saint-Jacques d'Aubeterre en reste le témoignage. Aussi vous dira-t-on qu'Ausone, saint fondateur de la chrétienté dans la ville, pourrait avoir  quelques réclamations à faire à Aimery Picaud d'avoir laissé croire, qu'aux premières heures du Christianisme, seul Eutrope de Saintes accaparait le pèlerin dans la région Raymond Oursel ajoute que c'est de bon droit qu'Ausone d'Angoulëme aurait pu dire de lui-même, comme saint Paul "Je n'ai été ni inférieur en foi, en vertus et en oeuvre et c'est avec un égal courage que j:ai subi le martyre"..

Pourquoi donc Ausone n'est-il pas mentionné sur la route de saint Jacques de Compostelle ? Du côté de Limoges, on vous fera remarquer que le grand saint Martial a été oublié aussi ! Gueurnut, lui, répondrait "qu'o y avait tant de ghens bien dans thiau temps, que le père Picaud il at pas pu causer da teurtous ces saints !" Mais du côté du diocèse d'Angoulëme on vous rappelera que le territoire de la Charente   fut autrefois tiraillé entre trois diocèses: celui de Saintes, qui fit inscrire Utrope su' la route de saint Jacques ; celui de Limoges, qui sacrifia saint Martial au profit de saint Léonard (un ermite libérateur de captifs dont les moines de Corbigny dans la Nièvre
disaient aussi posséder les ossements) : un saint Léonard, mieux placé sur la route de Périgueux,  dernier diocèse à se partager la Charente et qui proposait, à Périgueux mëme, de prier 8aint Front, in gâs qui prêchait envac un bâton, sacré évêque à Rome, par saint Pierre lui-mëme 1 "Le tombeau de saint Front", raconte le Guide du Pèlerin, "construit comme le Saint-Sépulcre", surpassait "par sa beauté, toutes les tombes des autres saints".
Comment, dans ces conditions, la petite communauté angoumoisine, sous la tutelle des Comtes d'Angoulëme, aurait-elle pu s'inscrire avec son Ausone, dans les tractations entre les "Grands" qui, sans nul doute, ont précédé l'élaboration du Guide du Pèlerin de Saint Jacques ?

Et puis, on raconte du côté d' Angoulëme que le pro blème d'Ausone a été probablement d'avoir trop de disciples. On compte un Césaire, son archidiacre, martyrisé aussi ; un Bénigne (successeur de Dyna mius, évêque vers 451 dont on retrouvera le corps en Touraine) ; un saint Amant, fondateur de Boixe un saint Aptone, disciple du précédent (vers 510), et plus tard un Saint Sauve (vers 801, assassiné lors d:une mission à Valenciennes)... Et la liste n'est pas exhaustive. Pour tout dire, vers l'an 1000, le pèlerin a de quoi virouner rien qu'en Charente ! Il y a une telle pléiade de saints dans ce département que leur vénération aurait: dit-on, bougrement alourdi le programme déjà chargé du Jacquet. Au XIXeme siècle, on estima même que le fondateur de l'Eglise d'Angoulëme était entouré d'une trop grande couronne de saints", au point que dans le martyrologe (catalogue officiel des martyrs et des saints): on raya tout le monde pour ne laisser que lui, Ausone Le seul, remarque t'on du côté de l'Atelier du Patrimoine de Saintes. dont l'existence ne soit pas attestée !

Pourtant, s'il est un saint qui supplanta Ausone et connut réputation supérieure à tous les autres. c'est Cybard ! Ah, qu:en Angoumois, on l'a aimé, ce saint-là !