Ecoutez les cabanes...

Ne boudez pas le plaisir de frapper aux portes des cabanes, notre côte ostréicole est une véritable mosaïque. C'est aussi une excellente occasion pour en apprendre davantage sur cette bête étonnante qu'est l'huître...

cabane1.gif (23656 octets)S'il ne tenait qu'aux Charentais, le marché des huîtres serait conditionné de toute autre façon, tout prêts qu'ils seraient à écouler les huîtres que nos ostréiculteurs ne peuvent commercialiser. Car dans cette affaire, ce n'est pas l'allure de la coquille qui arrête leur choix, mais davantage sa consistance : si la coquille est friable, o l'é pas dau bon travail, même si elle est bien ronde. Quant à la bête, qu'elle soit grasse coum de l'ail (maigre, on en mangera plus), ou en lait (le péché mignon), varte (la préférence) ou bianche (pour l'iode), si elle est fraîche, elle sera mangée en toutes saisons. Car il n'y a bien que les citadins pour penser que les huîtres ne se consomment que les mois en R. Ils en sont restés aux campagnes de communication du début du siècle, quand personne ne savait comment les faire voyager pendant les chaleurs. Dépeu, la chaîne du froid a fait bien des progrès...

Parler coquillage évoque encore trop souvent une idée de risque. Mais jamais Charentais n'attrape la Fourasine à Fouras, la Royannaise à Royan ou "La courante" ailleurs. Ces problèmes intestinaux sont réservés à quelques pêcheurs à pied impénitents qui refusent d'entendre qu'il ne faut jamais ramasser de coquillages aux pleines chaleurs orageuses, parce que, quant o achâle, les coquillages sur les rochers mareillent (ouvrent la goule) et attendent davantage le flot salvateur que d'être ramassés et conservés n'importe comment. Ces gens-là font un tort considérable à nos conchyliculteurs !

Ne pas savoir ouvrir les huîtres serait aussi un handicap et les Charentais ne se lassent pas de s'étonner des innombrables systèmes imaginés comme de faire pousser des huîtres avec un fil de far que l'on tire au moment de l'ouverture. 0 l'é coum si vous engraissiez un goret anvec un coutâ dans la ventraille en thyitant le manche d'yor peur la tuanghe. 0 fait queurver le bétail ! Ouvrir une huître est pourtant enfantin, même les drôles y arrivent, il suffit juste de se faire expliquer. Prenez donc le temps d'écouter ce que l'on vous dit du côté des cabanes, pour conserver les huîtres, vérifier leur fraîcheur, les ouvrir et vous en délecter aussi inconditionnellement que nou z'autres.

Comment les ouvrir ?
Comment les garder ?
Comment vérifier leur fraîcheur ?
Faut il ou non boire l'eau ?
S'y retrouver dans les étiquettes ?

C'est à découvrir dans le numéro 3 du magazine XAINTONGE !

Touche plus à ma cabane....

Faute, chez nous, d'avoir compris "Le lobbying" (pression exercée par des groupes professionnels en amont des décisions européennes, pratique très officielle qui ne manquerait pas de faire hucher Gueurnut à la courruption des sarviteurs de l'Etat), quant Urope (l'Europe) chet dans nos contrées, o dérase mé qu'Attila. Le boun émit de Goulebenéze ne manquerait pas de rajouter "Dépeu qu'i'z'avant mis l' nez dans nout' Cougnat, jh'en n'avons pu de chopines à la maison, épeu qu'iz'avant foutu le quota de lait, jhe n'avons pu d'vaches dans les champs.. dépeu qu'i z'avant mis les heûtres aux nourmes. jhe n'allons pu avoèr d'cabanes".

En 1991, nos ghens sont tombés sous le cot d'ine directive d'Urope. Et d'avis d'ostréiculteurs, o fut dau grand théâtre, dau grand spectacle et dau grand cinéma. Comme si les huîtres, dont on peut parier qu'elles préfèrent le bois de chêne au béton, avaient besoin d'un deux-pièces carrelé, avec éventuellement cabine de douche !

Ainsi, les cabanes d'expédition ont été alignées aux nourmes. exigeant d'une population qui se serre déjà la ceinture, un investissement d'au moins 200 000 F pour avoir droit aux primes, toujours brandies pour apaiser. Dans quelques années, il faudra dresser le bilan en termes d'emplois et vérifier que l'opération avait bien un but sanitaire et non, selon nos ghens , de "faire disparaître le p'tit au profit dau grou".... Dans les administrations centrales, on s'en excuse encore : "c'était pourtant la France qui avait servi de référence", mais certainement pas les cabanes charentaises !

cabane2.gif (23147 octets)Dans les administrations locales, qui ont déjà bien du mal à être comprises comme partenaires, on s'en serait bien passé. L'Europe est certainement une entité pétrie de bonnes intentions, mais c' est aussi un bulldozer à "déculturiser". Un patrimoine devenu inutile est un patrimoine mort. Sauf à ce que nos ghens se mobilisent pour que l'on respecte, et leur Histoire, et la vocation de leurs belles cabanes en bois qui est de travailler les huîtres, elles sont condamnées à disparaître.


Photos Xaintonge