
La caisse à cagouilles répond à des exigences strictes. Elle doit être en bois. Pas question de stocker les cagouilles dans des caisses plastique, beurnocion ! a queurveuriant (horreur elles crèveraient).
Elle doit être grillagée pour laisser passer l'air avec un système qui permette à l'escargot de monter sans venir faire embouteillage sur le grillage, car peur ine cagouille, c'est biologique, O faut qu'a monte.
Il ne faut pas en mettre trop dans la même caisse, elles étoufferaient.
Enfin, il faut que la caisse soit solide, on a vu des amateurs perdre leur bétail ayant sous-estimé la force de nout' animau quand il est en groupe.
Forts donc d'un savoir qui leur a été transmis depuis des
générations, nos Charentais
s'installent
devant leur caisse et comptent, cette fois-ci de façon très sérieuse et une à une, les
cagouilles. A belugheant (elles remuent), a bavant même beurchouse
(elles bavent beaucoup), a zou amant pas thiau comptage (elles ne l'aiment pas ce
compte) mais la tâche est importante, car au grand jour, chacun annoncera
officiellement son chiffre au voisinage avec fierté s'il atteint les deux
cents cinquante, voire quatre cents. Au delà de cinq cent (quelque 5 kg), plus
personne ne s'extasie, se demandant simplement comment les intéressés ont porté le
bétail. Et puis là, quelques secrets de famille interviennent : soit on asperge les
cagouilles de farine pour les purger, soit on y jette du vermicelle (mais oui ! elles
adorent ça), soit on referme la cage en laissant faire la nature. Les mains lavées, on
rejoindra son lit ou on vaquera à d'autres occupations, si c'est l'aube. Les cagouilles,
elles aussi se reposeront de leurs émotions, se colleront au sommet de la cage en
attendant que l'on vienne les chercher pour faire honneur à un convive, ou pour une bonne
occasion. Et les cagouilles le savent : les bonnes occasions d'être servies à table, ne
manqueront pas.