Faire la catine

Les bouchots ont parfois des allures de femmes. Loin d'être "catins", ils sont de ceux que l'on a catinés.

catine.jpg (129054 octets)Pendant la seconde guerre mondiale, on n-en at pianté des pieux en mer pour récupérer des moucles. O follait bin bouffer ! Mais au sortir de la période, c'est la déconfiture. Les moules se captent mal, se développent mal, bref, o pousse pu coum dans le temps ! On met en cause les clayonnages qui empêchent notre bétail de se nourrir convenablement, font monter les vases et arrêtent le courant qu'o l'é le premier bouchot qui attrape tout et les autres darrière, pu reun ! Trop de casse aussi avec la mer qui s'emmêle les vagues dans les  fessines. La profession a du mal à s'en sortir et croit atteindre le fond en 1956 : voilà que la mer ghèle et les mouc', cette an-née-là, déclarent forfait. Pas de naissain, pas de récolte su' deux ans, on n'arrive pas à remonter la pente d'une production qui ne fait plus vivre son houm !

En mer, naît une nouvelle  technique : le catinage, du mot catin qui ne veut pas dire chez nous, fille de mauvaise vie su' le trottoir (ça, o l'é ine catau) mais "poupée". Nos bouchôleurs, avec leurs fessines, se mettent à faire des poupées à leurs troncs d'arbres, coum on fait des poupées aux doigts malencontreusement copés d'un cot de coutâ. Et ils y mettent tellement de soins qu'ils en rigolent eux-mêmes, de la façon dont ils étreignent leurs bouchots, les dorlotent, les caressent, enfin les catinent coum les petites filles avec leurs catins. Pour ce faire, on choisira le tamarin. "Tous les bouchôleurs possédaient des champs de tamaris", se souvient André Bouyé de Charron. "C'est vrai !" confirme André Grenon, de Nodes, qui ajoute : "enfin, quand on n'en avait pas, on se rabattait sur ce qu'on trouvait, de préférence le nouziller".

Autour des pieux d'en-bas, dits asteur "de naissain", on planta tout dreit des fascines que l'on ficelait au "tronc" avec des riortes d'oizit, dans l'espoir de capter davantage. Et autour des pieux d'en-haut, dit "de grossissement", on fit de minme, qu'o l'était toute ine affeire à mobiliser bin dau monde, qu'on en réquisitionnait même les drôles pour se mettre en rond et fabriquer des corbeilles permettant de vider n'en dedans, le nouvelain entre le pieu et les fascines. Améliora-t-ou le rendement ? "Pas vraiment", commente André Grenon : "Ca ne marchait surtout que pour les mouc' en troche", entendez par paquets. Et puis, il y avait les tères qui se jetaient par troupeaux sur les bouchots, de grousses raies (qu'o pue la pisse) avec une queue à coper à l'achereau, dont la piqûre paralyse (disparues depuis une trentaine d'années). Et voilà que dans les années 1960, alors que beaucoup se demandaient quel métier pu rentable zeu drôles i peuriant faire pour profiter du boum économique qui avait lieu ailleurs qu'au pays des moules, sonna le glas à Charron. Toute la baie se réveilla infestée d'ine saloperie que les scientifiques présentèrent coum le Mytilicola intestinalis. Un crustacé rouge qui s'installe dans l'intestin des moules et leur facilite la digestion coum in ténia à les rendre d'une maigritude extrême à les faire queurver, quand on en compte jusqu'à 60 parasites par moule coum on zou a dénombré à l'époque ! Cette saleté serait arrivée sur nos côtes, après un trempage illicite du coûté de Marsilly, par des négociants qu'aviant trop importé de moules de Hollande dont l'infestation par le mytilicola était pourtant connue des scientifiques dès 1949 ! On connaissait les ravages des gouèlands, des macreuses aussi noires que des grôles, des oies beurnaches, des trois-pieds, des bigornes..., et voilà qu'asteur, avec le mytilicola, on découvrait la fin dau monde que l'on appelle épizootie, contagieuse que la fièvre aphteuse d'Angleterre et qui décima tout le bétail mytilicole de la baie de l'Aiguillon. "A Esnandes et Charron, ils ont beaucoup souffert", se souvient  André Grenon. "Nous, à Brouage et à Nodes, on a toujours été plus ou moins polyvalents. On a eu moins de dégâts avec le mytilicola, mais surtout on s'est rabattu sur l'huître. Jusqu'à ce que la Roubilloux se mette à queurver à son tour dans les années 1970 ! Alors, on s'est remis à forcer sur la moule, la technique avait bien changé".