A chasse à la cagouille
suscite dans nos contrées toutes sortes de plaisanteries. côté de lîle de Ré,
on estime que la chasse se fait au collet, dans lîle d'Oléron vers Boyardville, à
l'épuisette, allongé sur le capot de la voiture tous feux allumés, et dans les terres,
à l'arrosoir et à la torche, tous sont unanimes sur deux points : la chasse se fait
soleil couché et incognito. Non que le ramassage soit illicite comme pour le malheureux
escargot de Bourgogne en risque d'extinction, Ou que l'on craigne de faire fuir l'animal
convoité, mais pas question d'alerter le voisinage sur son intention d'aller querir
(prononcer cri) des cagouilles. 01 é coum peur les champignons, 0 faut pas
zou hucher su les têts, le territoire n'est pas extensible. La discrétion s'impose
donc, pour l'Unique raison que les bonnes cueillettes sont celles que l'on réalise
en un minimum de temps au plus près de son habitation. Discrètement donc, les chasseurs
de cagouilles, souvent accompagnés des jeunes drôles pour leur plus grand plaisir ,
sortent à la tombée de la nuit Ou au lever du jour, les chaudes nuits d'été , quand le
jour a été arrosé de bons bouillards (violentes averses). Car c'est une
hérésie que de croire que l'on chasse l'escargot quant 0 mouille comme vache qui
pisse. Les cagouilles détestent que les grosses gouttes leu battant les cornes.
Armés d'arrosoirs, de sacs (autrefois en jute, maintenant en plastique), et surtout d'un
bâton, les chasseurs sortent quant o l'é encore bin mouillé, seul temps qui
fait courir les cagouilles. Car n'en déplaise à ceux qui en doutent, les cagouilles caurant.
Il suffit, pour s'en convaincre, de les voir sortir de toutes parts, se suivre rang serré
et filer. le temps de vérifier un fourré. Quels sont les Charentais qui, sur les routes
à des heures tardives, n'ont VU, devant leurs phares, le macadam couvert d'escargots au
point de"slalomer" pour les éviter et finir par s'arrêter pour rechercher
fiévreusement dans leur voiture quelque contenant pour les ramasser VOUS pouvez être
assuré que s'ils ne trouvent rien et rentrent bêtement bredouilles, ils ne cesseront de
répéter . "Vraiment, les cagouilles, ça court !". Bien des
étrangers à la région, conviés à la chasse (boun'ghens !) l'auront même
vérifié à leurs dépens. Trop attentifs à leur ramassage d'un côté, ils en auront
perdu de l'autre, une bonne partie de leur cueillette. Les cagouilles, sensément, 0
se sauve et il faut être vigilant. L'essentiel de la chasse consiste donc à
ramasser et...à ramasser, tout en gardant un mil sur les éventuels fuyards. Il faut
aller là où personne n'est passé, car on s'en doute, une bonne partie du voisinage est
dissimulé, lui aussi, derrière une pile électrique. On se croise. On échange peu de
mots, l'heure n'est pas à la conversation. Chacun a plus Ou moins tacitement un
territoire que l'on respecte sans qu'il ait été besoin de le faire notifier par notaire
(les rurau ont encore ce bon sens). Et l'on compte au jugé, c' est à dire
approximativement par rapport au poids. Il faut s'assurer que l'on aura au moins in
cent de cagouilles (une centaine au moins), signe d'une chasse tout juste honorable,
car à 20 escargots minimum par personne, 0 n'en faut peur naurir son monde. Et l'on
ramasse, en chuchotant si l'on est accompagné. On ne parle que de cagouilles. Il ne
s'agit en fait que d'exclamations sur la beauté Ou la grosseur de telle Ou telle. Seules
les cagouilles bordées, c' est-à-dire adultes, seront prises les petites (bord de
coquille mou Ou petite taille) seront rejetées dans les palisses pour une autre fois. Pas
besoin de loi (il existe cependant un décret d'interdiction de ramassage des escargots
"non bordés" à l'intention des profanes). Les Charentais Vous l'avoueront, ce
qu'ils préfèrent au fond, c'est la coquille et il faut qu'elle soit conséquente et
dure.