Les femmes des cabanes
C'est notoire : sans les femmes, les huîtres n'existeraient pas. Leur travail
n'est pas pourtant vraiment reconnu. tout juste viennent-elles, dépeu des an-nées
qu'a zou d'mandant, d'obtenir la reconnaissance d'un statut pour avoir quelques droits
à la retraite. Quant aux organisations professionnelles, un tantinet masculines, elles
n'ont jamais sérieusement sangher qu'les beurgeoèses, pussiant avoir des chouses a
r'dire. Les femmes, on le sait, vont toujours au-delà d'elles-mêmes, par amour
souvent, par devoir parfois et celles des huîtres ont toujours (mais le
continueront-elles ?) suivi leur mari. Même sur les bateaux, de surcroît avec des
ufs durs (qui ont réputation de contrarier les vents et de porter malheur), sans
pour autant qu'elles fassent chavirer les embarcations, comme ont voulu le croire quelques
marins superstitieux qui auront mal interprété les exigences de Colbert (qui ne voulait
pas voir de femmes à bord, on se doute pourquoi...). A travailler depuis des
générations, à part égale avec les hommes qui savent bien au fond, que c'est sur les
épaules des femmes que reposent l'équilibre de zeu "boutique" (c'qu'i
z'amant pas, o l'é quant al zou rapp'lant), elles ont acquis une belle assurance.
Elles ne sont pas femmes à s'en laisser conter, leur regard vif qui vous le dira. Mais ce
qui surprend davantage, c'est leur teint qu'elles tiennent probablement de quelque secret
tiré des huîtres, impressionnant de fraîcheur notamment chez les plus âgées. De quoi
faire rager les laboratoires de cosmétiques, car cette belle plasticité de leur peau,
elles ne la doivent pas aux instituts de beauté, elles n'ont guère le temps de nijhasser
à faire la parisienne (s'occuper oisivement de leur apparence physique). 
Comme leurs hommes, elles vivent au rythme des marées, livrées en outre à l'exercice
difficile d'y faire coïncider les horaires des enfants. Avec une véritable horloge dans
la tête, et solaire, et lunaire, elles ne sont pas du genre à bêter (à rester
sans rien faire). On les voit sur tous les fronts : en mer pour forcer entre deux marées:
à la maison pour préparer les casse-croûte et les repas que tout le monde ne prendra
pas ensemble, pour aider aux devoirs, faire le ménage, sans oublier les coups de fils à
passer pour la commercialisation et les comptes à tenir. Mais c'est surtout à la cabane
qu'on les trouve, là où les hommes leur apportent des monticules d'huîtres qu'elles
passent toutes à la main. 50 mannes par jour cela ne leur fait pas peur. Et elles
démanchent ou détroquent (séparent les huîtres collées entre elles) et elles
tapent pour écarter les racasses (huîtres qui sonnent creux, cloques en
Aunis), et elles trient, et elles jettent dans les mannes, à gauche, à droite, en bas,
à une telle vitesse que vous vous demandez si elles n'auraient pas plus de deux mains et
s'il existe des concours. Ces filles-là ont une puissance de travail vraiment
époustouflante !
(Photos: Chaillevette - Port de Chatressac et Marsilly - Port de la
Pelle )
Outils de femme:
Le gant et la démanchoire:
(mais aussi péchoire au Chapus, curette à La Tremblade,
détroquoire en Ile de Ré, décolloire a La Rochelle)