Pour avoir chanté les louanges de notre région, vanté nos produits et fait la fortune de la Saintonge, Evariste Poitevin, dit Goulebenéze en aura tout simplement perdu la sienne. De l'opulence à la quasi indigence, il aurait pu mener une toute autre vie s'il n'avait été marqué, comme tous ceux de sa génération,par les traumatismes qui ont secoué la région en cette fin du 19ème siècle et première moitié du 20ème.. Il a néanmoins gagné son pari : rester fidèle à ses convictions et vivre avec son cur. 40 ans après sa mort,sa passion pour la Saintonge, son enthousiasme et son désintérêt ont créé une légende. Sa famille raconte:...
GOULEBENEZE est né le 2 Juillet 1877 à Montigny près de Burie. A létat civil, il est enregistré sous le nom de Marc-Henri Poitevin mais ses parents, comme souvent en Saintonge, préfèrent l'appeler Evariste, son deuxième prénom officiel, celui généralement donné par le parrain et la marraine. Evariste sera pourtant baptisé avec ine quoue de molue, c'est à dire pas du tout. Dans sa famille, radicale socialiste, où selon l'expression "on mange du curé", seules les filles ont droit au baptême, pour éviter tout problème avec l'église, au moment du mariage. Chez Evariste Poitevin, on vit dans des châteaux aux meubles cossus : Montigny du coté paternel, Ecoyeux du coté maternel. La famille a tiré sa fortune, comme bien d'autres dans la région, de la revanche du Tiers Etat sur la Noblesse, des bons mariages qui ont permis le regroupement des terres et des prodiges du cognac au milieu du siècle dernier. Les enfants pratiquent le sport de leur milieu, en l'occurrence l'équitation et ils sont lettrés. Mais pas de précepteur ni d'école religieuse. On est de gauche et républicain. C'est donc à l'école laïque de la République que le petit Poitevin est envoyé, une école qui devient avec lui, l'école de Jules Ferry Avec l'obligation de l'enseignement et sa gratuité, arrivent en masse dans le primaire, les enfants des paysans avec leurs bots et leur patois. D'un tempérament sociable, Evariste y voit dexcellents camarades. Il joue déjà avec les enfants des domestiques, que l'on dit nombreux. Et puis, il trouve les filles bien moins empruntées que celles qu'il rencontre dans la demeure familiale lors des nombreuses fêtes organisées par son père Marc-Eugène. Celui-ci compte pour ami Emile Combes de Pons, ce petit père Combes, président du Conseil qui marquera son temps par ses lois anticléricales dont la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1904, lui, qui se destinait à une carrière ecclésiastique et fit ses études au séminaire. Contrairement à sa sur Sarah, de quatre ans son aînée, appelée la grande Sarah car jugée très hautaine, Evariste se laisse imprégner à la lettre des idées égalitaristes familiales. Mais il comprend vite, dans cette nouvelle école populaire, tous les risques d'exclusion que lui font courir son statut d'enfant de "Monsieur le Maire", qui parle bien avec, imagine-t-on, plein d'argent dans les poches. Il sera prêt à tout pour faire oublier ses origines de fils à papa. Son argent ? Il s'en moque, il le donne pourvu qu'on l'aime et qu'on l'accepte. A effacer dans le regard des paysans toute suspicion de classe à son égard, il y consacrera l'essentiel de sa vie. Et c'est par la gentillesse et le rire qu'il y parviendra.