Le goret p'rr la goule

Dans nos fermes de la
seconde partie du XXe siècle, finies les amours entre "treus et veurats"
! Devant la dure concurrence de l'élevage industriel, on abandonne l'élevage familial.
Mais personne ne renonce au "goret de famille".
Si nos ancêtres préhistoriques ont mangé plus de buf (la vraie viande) que de
cochon, tout Charentais vous dira que s'il en avait le choix, o s'rait bin de
même. D'ailleurs, c'est toujours lui faire honneur que de lui servir un bon
rôti de buf à la "sauce échalote" putout que de l'y meitte
su la table, in chétit rôti de goret, tout maigre et tout en eau, à la
mode actuelle. C'est là froisser son palais connaisseur ! Mais dans nos campagnes, où
l'on est encore loin de manger de la viande tous les jours et où nos arrières n'ont
connu le luxe suprême de manger du buf que pour les grandes occasions, avoir un
cochon, c'est avoir de la chance. C'est être béni de Dieu que d'avoir des réserves de
saindoux, de pâtés et de salés pour toute l'année, sans oublier l'ineffable
jhambon que l'on sortira pour chaleureusement retenir à mangher
des visiteurs imprévus qui se féliciteront longtemps d'avoir connu si bonne table !
C'est aussi une sacrée aubaine que de pouvoir élever un cochon : à quelque 3 kg de
nourriture par jour peur thiéllé bestiau, tout le monde ne
peut pas se le permettre. Pas étonnant si dans toutes les familles rurales, on fera
longtemps l'effort de garder un cochon de famille. Pendant toute la première partie
de notre siècle, on en élèvera en général deux, un pour la consommation
familiale, l'autre pour être vendu au chercutier ou à la foire
en vue d'assurer les coûts de production du premier. Aujourd'hui encore, dans les fermes
où il en subsiste, le goret est immanquablement présenté.
Après l'étable et le chai, c'est toujours le clou de la visite. Il est le signe
distinctif d'un capital assuré toute l'année, dut-il être alimentaire; dans les
campagnes, manger à sa faim reste toujours le bien le plus précieux. Et à deux gorets,
c'est le visiteur qui est impressionné devant le savoir-vivre de la maison, qui montre
ainsi qu'elle queurvera pas de faim certes, mais surtout qu'elle
est capable de fiater sa goule avec de la qualité. Sr'a
t-y gras mais point trop, éternelle question; mais personne ne ménagera sa
peine pour qu'il profite bien .
Pas de goret en Ile de Ré
Impossible de mettre la main sur in goret en Ile de Ré. Explication fréquemment
donnée : "On n'en a plus élevé du jour où l'on n'a plus eu le droit
d'abattre". Difficile de croire, connaissant les Rhétais, qu'une réglementation, de
surcroît mal interprétée, aurait mis un terme à la carrière du goret de famille.
Lucien Bonnaudet, mémoire vivante du village de Ste-Marie explique : «Les Rhétais n'ont
jamais vraiment élevé de cochon, les populations étaient trop pauvres. Leur nourriture
consistait essentiellement en fèves et produits de la mer. On n'en avait pas assez pour
nourrir un goret. Par contre, les familles mangeaient du cochon qu'elles
achetaient en corps entier ou par moitié, à plusieurs au charcutier. c'est chez lui que
se faisait la cuisine et chacun repartait avec ce qui lui revenait. On faisait des boudines,
mais cela n'a jamais donné lieu aux fêtes de l'Ile d'Oleron et du continent."