Le goret p'rr la goule


cochontrad2.jpg (50976 octets)cochonferme.jpg (15370 octets)Dans nos fermes de la seconde partie du XXe siècle, finies les amours entre "treus et veurats" ! Devant la dure concurrence de l'élevage industriel, on abandonne l'élevage familial. Mais personne ne renonce au "goret de famille".

Si nos ancêtres préhistoriques ont mangé plus de bœuf (la vraie viande) que de cochon, tout Charentais vous dira que s'il en avait le choix, o s'rait bin de même. D'ailleurs, c'est toujours lui faire honneur que de lui servir un bon rôti de bœuf à la "sauce échalote" putout que de l'y meitte su la table, in chétit rôti de goret, tout maigre et tout en eau, à la mode actuelle. C'est là froisser son palais connaisseur ! Mais dans nos campagnes, où l'on est encore loin de manger de la viande tous les jours et où nos arrières n'ont connu le luxe suprême de manger du bœuf que pour les grandes occasions, avoir un cochon, c'est avoir de la chance. C'est être béni de Dieu que d'avoir des réserves de saindoux, de pâtés et de salés pour toute l'année, sans oublier l'ineffable jhambon que l'on sortira pour chaleureusement retenir à mangher des visiteurs imprévus qui se féliciteront longtemps d'avoir connu si bonne table !cochontrad1.jpg (43987 octets)

C'est aussi une sacrée aubaine que de pouvoir élever un cochon : à quelque 3 kg de nourriture par jour peur thiéllé bestiau, tout le monde ne peut pas se le permettre. Pas étonnant si dans toutes les familles rurales, on fera longtemps l'effort de garder un cochon de famille. Pendant toute la première partie de  notre siècle, on en élèvera en général deux, un pour la consommation familiale, l'autre pour être vendu au chercutier ou à la foire en vue d'assurer les coûts de production du premier. Aujourd'hui encore, dans les fermes où il en subsiste, le goret est immanquablement présenté. Après l'étable et le chai, c'est toujours le clou de la visite. Il est le signe distinctif d'un capital assuré toute l'année, dut-il être alimentaire; dans les campagnes, manger à sa faim reste toujours le bien le plus précieux. Et à deux gorets, c'est le visiteur qui est impressionné devant le savoir-vivre de la maison, qui montre ainsi qu'elle queurvera pas de faim certes, mais surtout qu'elle est capable de fiater sa goule avec de la qualité. Sr'a t-y gras mais point trop, éternelle question; mais personne ne ménagera sa peine pour qu'il profite bien .


famille.jpg (21185 octets)Pas de goret en Ile de Ré

Impossible de mettre la main sur in goret en Ile de Ré. Explication fréquemment donnée : "On n'en a plus élevé du jour où l'on n'a plus eu le droit d'abattre". Difficile de croire, connaissant les Rhétais, qu'une réglementation, de surcroît mal interprétée, aurait mis un terme à la carrière du goret de famille. Lucien Bonnaudet, mémoire vivante du village de Ste-Marie explique : «Les Rhétais n'ont jamais vraiment élevé de cochon, les populations étaient trop pauvres. Leur nourriture consistait essentiellement en fèves et produits de la mer. On n'en avait pas assez pour nourrir un goret. Par contre, les familles mangeaient du cochon qu'elles achetaient en corps entier ou par moitié, à plusieurs au charcutier. c'est chez lui que se faisait la cuisine et chacun repartait avec ce qui lui revenait. On faisait des boudines, mais cela n'a jamais donné lieu aux fêtes de l'Ile d'Oleron et du continent."