Le plus heureux de la famille

Dans la ferme du XXe siècle, en termes de services rendus, le "goret" n'en rend plus aucun. Les Charentais continueront à s'amuser de leur ridicule à accorder autant d'attention à "thiau bestiau", jugé inutile de son vivant, en le rétrogradant à la dernière place dans leur échelle de valeurs pour leurs animaux.

cochonlibre.jpg (28643 octets)En renonçant à la phase "naissance" pour ne plus s'occuper que de l'engraissement de leur propre cochon, les Charentais retiendront surtout que pour qu'in goret profite, asteur, o faut qu'i faze pu reun. Or dans les entreprises agricoles, il n'est pas de tradition de ne rien faire. Hommes, femmes, enfants, animaux, chacun sa place, chacun son rôle.
On respecte le cheval pour sa force et le travail qu'il abat, la vache pour son lait, le chien pour son flair, on arriverait même à estimer la poule pour ses œufs, mais décidément, le goret, avec ces nouvelles techniques d'élevage, i prend tout mais i doune reun.
Les gorets, aneut, i manquant pas de culot. La ferme entière est à leur service. Ce sont les femmes qui maintenant ramassent pour eux les glands et châtaignes, les drôles qui leur portent la beurnée et les hommes qui feurmoghent davantage pour un fumier qui, comme engrais, vaut pas mé. Mais, étout qu' les cochons se créyant à l'hôtel ?

cochontoit.jpg (27341 octets)Le goret on l'appelle "le Pensionnaire". Accusé de paresse, il passe aisément pour un "Noble". on l'appelle aussi "Monsieur", à faire ainsi son lard su' le dos des bounes ghenses qui travaillant et on s'en amuse en le baptisant l'habeuillé de soie. Pas de doute que thiéllé bestiau le plus éloigné des préoccupations familiales, à qui rien n'est demandé, est le plus heureux de la famille et le plus beunaise. Il pense à rien d'autre qu'à mangher et quant i peut plus gueurnigher dans son têt, le voilà tout éveuzé (affalé) à dourmir. Et un sommeil de cochon, faut zou voir peur zou croire, o yat que la piatrelle qui zou réveille.
Bien des gens vous diront, qu'au fond, il agace les nars et ceux qui en font seulement l'engraissement l'avouent : «c'est l'animal pour lequel on a le moins d'amitié». C'est qu'o faut zou servir cet estomac sur pattes et ranghément sinon o grougne et o foughe à démolir le têt. Et o l'é qu'o mordrait minme ou qu'o vous f'rait cheire dans la bassée peut'être vous mangher otout !
N'y trouvant pas de réelle sympathie, "pousse-te don" est le seul dialogue avec lui, quand on ouvre le tareuil. On vous expliquera que quelque part, c'est tant mieux, car bon nombre, ici, estiment que c'est bien une déviation de nos temps modernes que de vouloir s'inventer des raisons d'humanisme pour s'attacher à ce qui doit finir dans son assiette. Puisque dorénavant, le goret n'est plus élevé que pour sa viande, i f'rat dau beun que quant i sr'at mort. Autant dire, dans ces conditions, que quand le goret devra s'acquitter de sa dette, la note sera plutôt ..."salée".

xaintonge4.jpg (28533 octets) Mais cela.... vous le découvrirez dans le numéro 4 de XAINTONGE !  :-)