L'humour la clé de la conversation.tomates.jpg (24783 octets)

Quand on dit qu'un couteau coupe mal, c'est banal. Quand on dit, il coupe "comme du feu" ou "tout ce qu'il voit", c'est un peu mieux. Mais quand on dit "qu'in coutâ cope coum le gheneuil d'in preit" (1) ou "qu'il coperait la jhambe d'une bisse jusqu'à l'oûs si la piâ était oûtée" (2), cela devient savoureux comme du "saintongeois". COMPRENDRE la finesse du "Saintongeois", c'est se convaincre, qu'ici, on ne parle pas uniquement  pour communiquer mais surtout pour faire rire son interlocuteur Le patois est fait d'une multitude d'expressions pittoresques basées sur le bon sens que donne la terre et créées parfois sur des ressemblances phonétiques avec le français dans l'unique but de faire des calembours. Aller de mal en pis a donné aller de marle en bisse (de merle en rouge-gorge) et de bisse en reun (de rouge-gorge en rien). Si la traduction en français ne veut plus rien dire, en patois, l'expression détonne d'humour. Le saintongeais, qui a un penchant naturel pour maltraiter les mots, aime chanfroiser  du nom de Chanfroésit personnage de notre théâtre, qui fait volontairement ou non des contresens. Dans la liste on trouve, avouère des idées génitales (géniales), ine fousse celtique (fosse sceptique), l'oxyde de cambronne (de carbone), répondre du talc au talc, le Canard enchanté (le journal enchaîné), la poudre PTT (DTT), être vieux comme Matthieu salé pour parler de Mathusalem... L'esprit gaulois et railleur du pays s'en donne à cœur joie. On s'amuse encore des autorités constipées (constituées), de l'âne joint au maire (1' adjoint au maire), du sous-parfait (sous préfet), du manteau d'estragon (pas plus ridicule que de l'astrakan), le tout est de laisser libre cours à son imagination. Le Vendée globe, entendu le " vent des globes" n'est il pas pour certains devenu la grande buffée des batiâs d'la télé ? Quand une fille va se marier on va douner un gendre à sa mère. Quand on se couche, on va se saquer (se fourrer) dans ses plumes ou donner à manger aux puces. Quand quelqu'un est idiot, ol é pas la moitié d'un sot ou c'est un fin comme du poil d'âne. Le saintongeais aime aussi "chaffrer" son entourage, donner des surnoms en fonction d'une qualité, d'un défaut ou d'une déformation du nom de famille. Du côté de Bréville (16), on raconte l'histoire de cette femme appelée Beurlinguette parce qu'elle vendait à la frairie (fête locale) des berlingots  et qui revint avec un manège. Tous les enfants firent par la suite des tours de beurlinguette sans savoir pourquoi. Chaque village a son lot de chaffres. On connaît des pisse-menus ou des peute-bas (personnes pas grandes), des fils de far (maigres), des becs salés ou des dalles en pente (qui boivent bien), des prodos (qui protestent toujours), des ghigolins (pas sérieux), des blétâs (fouineurs comme des belettes)... Les saintongeais ont longtemps inventé leur langue et ceux qui patoisent encore n'ont pas perdu la main. Le savoureux de ce parler, c'est tout autant que l'accent, une floraison de formules imagées, à rendre bien froid parfois, le français académique qui se mouche plus haut que le nez.

(1) Le couteau coupe comme le genou d’un prêtre (aplati par les génuflexions)
(2) Il couperait la jambe d’un rouge-gorge jusqu’à l’os si la peau était levée.