Le Goret, In veil émit !


Si vous voulez qu' un Charentais vous reconnaisse "coum in pur race dau coin", parlez-lui du cochon. Mais pas de n'importe lequel: du "goret" uniquement, sauf votre respect bien sûr! Et n'hésitez pas à faire claquer la lettre "t" finale pour dire : «goret'». Outre les sourires que vous ferez naître sur son visage, vous réveillerez bien des souvenirs et beaucoup de  nostalgie. Le cochon qui sommeille dans son cœur n'est pas celui qu'on croit !

vieucochon.gif (7057 octets)Entre Charentais et cochon, l'histoire est ancienne. Elle remonte aux débuts de l'histoire l'Humanité et même au-delà, si l'on en croit les chercheurs qui estiment que l'ancêtre du cochon serait arrivé sur Terre bien avant les premiers Australopithèques (nom donné aux premières souches humaines apparues, il y a quelque trois millions d'années). On a retrouvé en Auvergne et ailleurs, en Europe et en Asie, des fossiles de cochons datés de l'Oligocène et du Miocène, qui auraient plus de... 40 millions d'années ! Difficile d'imaginer que le goret ait pu arpenter forêts et marécages bien avant que l'espèce humaine montre le bout du nez. Ce goret originel et sauvage, né a la fin de l'ère tertiaire, qui faisait déjà partie du paysage terrestre depuis tant de millions d'années, a dû, avec son long poil et son nez en forme de trompe coupée, douner la pour (faire peur) à notre pauvre premier homme préhistorique. Jusqu'au jour, m'en doute, où celui-ci découvrit qu'il était de taille a chasser un tel gibier et qu'il en serait un très bon prédateur. Dès lors, ces deux "bestiaux-la" ne se sont plus quittés. Du Paléolithique (de 3 millions d'années a environ12 000 ans avant J.C.),  il ne nous reste cependant pas, dans notre région, trace de leur cohabitation. «Il faisait trop froid, disent les archéologues, pour que les espèces nous aient laissé grand témoignage.» Au Mésolithique (période très courte de la préhistoire où les Hommes se confirment comme grands chasseurs et qui passionne les chercheurs de vestiges), aucune trace non plus. Explication du Service archéologique de Poitiers : «Nous avons découvert peu de sites mésolithiques dans la région. De plus, les habitats étaient alors en plein air et l'acidité de nos sols n'a pas permis la conservation des ossements d'animaux.»


crane.gif (3432 octets)Par contre, les souvenirs affluent du Néolithique où la clémence du climat était très humainement supportable (de 6000 a environ 2500 ans avant notre ère). Que ce soit du côté de Juillac-le-Coq, Mainxe, Gensac-la-Pallue, Soubérac dans le département de la Charente, Semussac ou St Laurent de-la-Prée en Charente-Maritime, ou encore Villegouge en Gironde, on a retrouvé les restes d'une faune importante que l'on a minutieusement étudiée. On en a même trouvé jusque dans les sépultures, sans que l'on s'explique pourquoi nos Néolithiques étaient enterrés avec des bêtes. Une forme d'offrande symbolique aux morts peut-être, à moins qu'on ne leur ait donné quelque nourriture au cas où ils en manqueraient dans l'au-delà ! Ces restes d'os nous racontent que bœufs, porcs, moutons, chèvres, chiens étaient présents auprès de nos ancêtres néolithiques. Avec une certitude : la vache constituait, chez nous, l'essentiel de l'alimentation carnée, le goret ne représentant quant à lui que 20% des ossements. Mais on a pu dater ces ossements "porcins" et enregistrer qu'une grande majorité, qui avait souvent subi une découpe de boucherie, était âgée de moins de 3 ans au moment de l'abattage. Cela signifie-t-il que les Hommes les élevaient déjà ? «Oui», explique Séverine Braguier archéozoologue à Toulouse et spécialiste des faunes du Néolithique final de la grande région Centre-Ouest, «mais entre l'homme et le cochon, l'histoire n'est pas si simple !». Ainsi, notre goret sauvage se serait laissé impressionner par l'Homme, et pour en aimer la compagnie, aurait préféré se laisser apprivoiser, domestiquer disent certains, asservir rétorquent d'autres...

Le Goret, en vous respectant ! Dans nos terres, le mot "goret" a toujours eu une connotation péjorative. Mais comme le mot "cochon" ne s'est jamais inscrit dans le vocabulaire d'un Charentais autrement que pour désigner le sanglier, dire "goret" s'est toujours accompagné de la formule : "sauf vout' raspet" (sans offense), comme pour s'excuser d'avoir eu a prononcer mot si grossier.

Goret : Le mot vient de l' ancien français "gore" désignant la truie et qui traduit probablement son grognement (en allemand, "gorren" signifie : "grogner").

Baconnet :
Ancien terme saintongeais pour désigner le sanglier. Le lard du baconnet est le bacon, mot que les Anglais nous ont emprunté. Baconnet est aujourd'hui tombé en désuétude, ce qui n'empêche pas certains bois de se nommer "forêts des baconnets" quand ils ne s'appellent pas, par déformation, "forêt de la Braconne" près d' Angoulème.

Cochon :
Mot utilisé pour le sanglier ; le porc, quant à lui, est appelé "cochon franc".