Le Goret, In veil émit !
Si vous voulez qu' un Charentais vous reconnaisse "coum in pur race dau
coin", parlez-lui du cochon. Mais pas de n'importe lequel: du "goret"
uniquement, sauf votre respect bien sûr! Et n'hésitez pas à faire claquer la lettre
"t" finale pour dire : «goret'».
Outre les sourires que vous ferez naître sur son visage, vous réveillerez bien des
souvenirs et beaucoup de nostalgie. Le cochon qui sommeille dans son cur n'est
pas celui qu'on croit !
Entre Charentais et cochon, l'histoire est ancienne. Elle remonte aux débuts
de l'histoire l'Humanité et même au-delà, si l'on en croit les chercheurs qui estiment
que l'ancêtre du cochon serait arrivé sur Terre bien avant les premiers
Australopithèques (nom donné aux premières souches humaines apparues, il y a quelque
trois millions d'années). On a retrouvé en Auvergne et ailleurs, en Europe et en Asie,
des fossiles de cochons datés de l'Oligocène et du Miocène, qui auraient plus de... 40
millions d'années ! Difficile d'imaginer que le goret ait pu
arpenter forêts et marécages bien avant que l'espèce humaine montre le bout du nez. Ce
goret originel et sauvage, né a la fin de l'ère tertiaire, qui faisait déjà partie du
paysage terrestre depuis tant de millions d'années, a dû, avec son long poil et son nez
en forme de trompe coupée, douner la pour (faire peur) à notre
pauvre premier homme préhistorique. Jusqu'au jour, m'en doute, où celui-ci découvrit
qu'il était de taille a chasser un tel gibier et qu'il en serait un très bon prédateur.
Dès lors, ces deux "bestiaux-la" ne se sont plus quittés. Du Paléolithique
(de 3 millions d'années a environ12 000 ans avant J.C.), il ne nous reste cependant
pas, dans notre région, trace de leur cohabitation. «Il faisait trop froid, disent les
archéologues, pour que les espèces nous aient laissé grand témoignage.» Au
Mésolithique (période très courte de la préhistoire où les Hommes se confirment comme
grands chasseurs et qui passionne les chercheurs de vestiges), aucune trace non plus.
Explication du Service archéologique de Poitiers : «Nous avons découvert peu de sites
mésolithiques dans la région. De plus, les habitats étaient alors en plein air et
l'acidité de nos sols n'a pas permis la conservation des ossements d'animaux.»
Par
contre, les souvenirs affluent du Néolithique où la clémence du climat était très
humainement supportable (de 6000 a environ 2500 ans avant notre ère). Que ce soit du
côté de Juillac-le-Coq, Mainxe, Gensac-la-Pallue, Soubérac dans le département de la
Charente, Semussac ou St Laurent de-la-Prée en Charente-Maritime, ou encore Villegouge en
Gironde, on a retrouvé les restes d'une faune importante que l'on a minutieusement
étudiée. On en a même trouvé jusque dans les sépultures, sans que l'on s'explique
pourquoi nos Néolithiques étaient enterrés avec des bêtes. Une forme d'offrande
symbolique aux morts peut-être, à moins qu'on ne leur ait donné quelque nourriture au
cas où ils en manqueraient dans l'au-delà ! Ces restes d'os nous racontent que
bufs, porcs, moutons, chèvres, chiens étaient présents auprès de nos ancêtres
néolithiques. Avec une certitude : la vache constituait, chez nous, l'essentiel de
l'alimentation carnée, le goret ne représentant quant à lui que 20% des ossements. Mais
on a pu dater ces ossements "porcins" et enregistrer qu'une grande majorité,
qui avait souvent subi une découpe de boucherie, était âgée de moins de 3 ans au
moment de l'abattage. Cela signifie-t-il que les Hommes les élevaient déjà ? «Oui»,
explique Séverine Braguier archéozoologue à Toulouse et spécialiste des faunes du
Néolithique final de la grande région Centre-Ouest, «mais entre l'homme et le cochon,
l'histoire n'est pas si simple !». Ainsi, notre goret sauvage
se serait laissé impressionner par l'Homme, et pour en aimer la compagnie, aurait
préféré se laisser apprivoiser, domestiquer disent certains, asservir rétorquent
d'autres...
Le Goret, en vous respectant ! Dans nos terres, le
mot "goret" a toujours eu une connotation péjorative. Mais comme le mot
"cochon" ne s'est jamais inscrit dans le vocabulaire d'un Charentais autrement
que pour désigner le sanglier, dire "goret" s'est toujours accompagné de la
formule : "sauf vout' raspet" (sans offense), comme pour s'excuser
d'avoir eu a prononcer mot si grossier.
Goret : Le mot vient de l' ancien français "gore" désignant la
truie et qui traduit probablement son grognement (en allemand, "gorren"
signifie : "grogner").
Baconnet : Ancien terme saintongeais pour désigner le sanglier. Le lard du baconnet
est le bacon, mot que les Anglais nous ont emprunté. Baconnet est aujourd'hui tombé en
désuétude, ce qui n'empêche pas certains bois de se nommer "forêts des
baconnets" quand ils ne s'appellent pas, par déformation, "forêt de la
Braconne" près d' Angoulème.
Cochon : Mot utilisé pour le sanglier ; le porc, quant à lui, est appelé
"cochon franc".