Nos pézants d'la mar

De belles huîtres dans son assiette, quel régal ! Mais elles ne doivent jamais faire oublier tout le labeur des hommes qui les accompagnent. Baptisés aujourd'hui jardiniers de la mer, nos gens des huîtres qui travaillent encore essentiellement en famille, sont les descendants de longues lignées courageuses. Leur activité est réputée dure et difficile, mais ils sont unanimes : tous ont une vraie passion pour leur métier.

Si vous les surprenez adossés à leur cabane, avec cette nonchalance bien charentaise, n'allez pas que les hommes des huîtres sont des 1ambinoux Ils sont juste entrain de buffer un peu entre deux coups de bourre (ou de faire plaisir au photographe). Dans leur marinière et pantalon de grosse toile bleue que les jeunes troquent pour es vêtements en jine, ils donnent souvent le sentiment d'être frêles. Mais que l'on ne s'y trompe pas, ils n'ont pas leur pareil pour brasser les mannes de 20 kilos. Ils impressionnent par leur force et dans les Charentes, on les sait sacrement courageux et travailleurs. Leurs mains sont calleuses, burinées par le sel et les coupures infligées par leur chétit bétail, mais vous serez surpris par leurs poignées franches et chaleureuses. Ces gens-là sont particulièrement hospitaliers et ils vous feront découvrir sans se faire prier, tout ce que vous voulez savoir sur leur métier Ils font partie de ceux qui aiment ce qu'ils font. On les dit individualistes, ils le reconnaissent volontiers. C'est leur Histoire qui les a façonnés ainsi. Mais vous les devinerez de plus en plus soucieux de conserver une part d'autonomie dans un secteur placé sous très haute surveillance. Ils ont la revendication légitime de tous ceux qui sont soumis aux aléas de Dame Nature, dans une société qui la perd de vue.

La marée n'attend pas le Roi !

Le seul patron auquel nos paysans de la mer se plient sans faillir, ne leunt parlez pas en normes européennes ni en 35 heures de travail hebdomadaire, mais en cycle lunaire, en mort d'ève (mort d'eau, petite marée) ou en malines (marée à partir de 70 degrés et en règle générale celles qui atteignent leur plus fort coefficient). Car c'est bien le degré (coefficient de marée) qui dirige leur vie. Si le degré monte, ils entrent en pougnance; si le degré tombe, c'est le frâche qui arrive. Et nos gens des huîtres préfèrent la pougnance, car l'estran découvrira davantage et ils pourront travailler plus longtemps. Mais il leur faut aussi compter avec la force et la direction des vents. S'ils soufflent de Nordé (Nord-est), la mer se retirera plus que prévu; ils profiteront ainsi d'une meilleure baissance et feront une bonne marée. Mais s'ils buffent de Suroît (Sud-Ouest), ce sera le contraire. L'eau sera d'meurée. Il faudra rentrer plus tôt et se résigner Aucune législation n'a réussi à changer ce cours, non coté en Bourse, des choses de la Nature.

Au plein de la mer (marée haute), c'est du coté des cabanes (leurs ateliers) que vous les trouverez. Quand l'eau est perdante (le jusant, marée descendante), ils sont souvent en mer, près de leurs parcs, à attendre avec impatience que ça commence à roucher que ça dérase et que sol se découvre. Pendant tout le bas d'ève (bas l'eau, marée basse), ils travaillent dans l'urgence . une demi-heure, trois quarts d'heure parfois et il faut faire vite, leurs parcs ne sont pas d'un seul tenant, mais sacrément dispersés ! Pas question de bader, le temps est compté. Tout a té réfléchi et ajusté au vu du parc avant même qu'il ne soit au sec. Les gestes sont rapides et précis. Il faut en faire un maximum avant que ne revienne le flot (marée montante), quitte à prendre le risque de gaugher (quand l'eau passe par dessus les bottes, ou les combinaisons qui remontent aujourd'hui jusqu'aux épaules). In flot qui laisse toujours amer quand on n'a pas fini ce que l'on avait prévu, qui contraindra de revenir au prochain bas l'eau, quelle que soit son heure, la lune n'ayant jamais marché aux heures ouvrables solaires. Si pendant les vacances, les hommes des huîtres font rêver les touristes qui voient en eux des gens qui vivent à l'année au bord de la mer, tout le monde sait ici, qu'après l'été, vient l'hiver et qu'avec leurs cuissardes parfois rabattues telles les bottes de mousquetaires, ils sont toujours pieds et mains dans l'eau à la mauvaise saison. Ces gens-là, qui semblent ne souffrir d'aucun rhumatisme, pour la bonne raison qu'ils ne s'en plaignent jamais, ont une santé de fer qui force l'admiration. Si, en hiver, vous les voyez travailler au fond d'un bassin, vous pouvez toujours les interpeller par un . "Alors, elle est bonne ?". Vous les verrez sourire. Voilà des générations qu'on leur pose la question et des générations qu'ils répondent que la meilleure façon ne pas avoir froid, c'est encore d'être dans l'eau.

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14 fois si elles sont de parcs, 36 fois si elles sont de claires, c'est le nombre minimum de passages entre les mains attentives des femmes, que chacune de nos huîtres subit avant de vous être servie.

Clichés Xaintonge

huitre.gif (27685 octets)C'est sur les branchies que se lit tout le savoir-faire des Charentais. Ils savent naturellement les verdir et leur donner l'exacte couleur de notre mer, quand, par temps nuageux, le soleil arrive à percer, par certains endroits, et à refléter dans l'eau une multitude de teintes vertes. Une lumière frappante de pureté, à savourer en toute saison,  notamment à la pointe du Chapus entre Marennes et l'île d'Oleron. Le miracle porte un nom :  la marennine, pigment de la navicule bleue, une algue spécifique à nos marais.

fourche.gif (31756 octets)La "pelle fourche":

L'outil de base des hommes

Marennes - La Cayenne

 

mannes.gif (33930 octets)Autrefois en osier, aujourd'hui encore métalliques, demain toute en plastique; les mannes sont encore bien souvent transportées en bourouette

Collection Section Régionale
Marennes-Oleron/Kuntz Jacques