"Le raz de marée" de la Gironde
Ce qui s'est passé, c'est qu'hormis les épouvantables rafales, un vent
violent constant a soufflé. De 16 h de l'après midi à 2 h 30 du matin, jh'en
étions soulés ! Faible pression sur l'océan, niveau de mer élevé', vent d'ouest
fort en continu (108 km/h en constant sur La Rochelle), et une énorme masse d'eau a été
poussée et poussée sur la côte. En mer on a enregistré des vagues de 6 à 8 mètres de
haut, venues inlassablement "taper" la côte, au point de briser des digues, où
là, elles se sont engouffrées avec violence, rasant tout sur leur passage. Mais il n'y a
pas eu de raz de marée, explique Météo France : ce phénomène est associé à un
séisme et il n'y a eu aucun tremblement de terre sur le plateau continental de
l'Atlantique. Il n'y a pas eu non plus une lame de 19 mètres de haut, au large de l'Ile
de Ré, qui se serait engouffrée jusque dans l'estuaire de la Gironde, comme l'a
répété la rumeur populaire traduisant ainsi l'ampleur de son traumatisme. Il n'y a pas
eu davantage de cyclone, terme utilisé exclusivement pour les dépressions en milieu
tropical au dessus d'une mer dépassant les 26 a, ni d'ouragan, son synonyme utilisé dans
les DOM-TOM.
Mais coument qu'o se noume thiéllée affreuse chouse, mande Gueurnut ! 0 l'était
quand minme 1é qu'ine bourrasque ! Une grosse dépression, tout simplement, avec des
vents de force ouragan de 12 beauforts qui ont entraîné des paquets de mer venus battre
la côte en flux régulier. Du côté de Paris, on l'a châffré Martin, un petit
nom qui amuse Météo France-La Rochelle . "on n'a jamais baptisé les
dépressions" ! Un mot que les Charentais ne risquent guère d'adopter Martin, o
l'e le nom d'un bourricot et l'affaire ne prête pas à plaisanter Sur la côte, où
l'on est habitué à des vents de 120 à 140 km/h, on l'appelle "la Tempête"
pour bien rappeler son exceptionnelle violence. Dans les terres, où les vents ne
dépassent guère 80 km/h et où Saintes a subi des pointes de 130 à 140 km, on l'appelle
"le Cyclone" ou "l'Ouragan" car on n'a pas trouvé d'autres mots pour
expliquer tous ces arbres tombés. En Rivière de Bordeaux, Où l'eau s'est engouffrée
jusqu'à plus de 2 kilomètres à l'intérieur des terres et y est restée piégée
pendant plus de quatre jours (plus d'un mois dans les marais), le mot "Tempête"
a cédé le pas à "Raz de marée". Termes faux disent les spécialistes, mais,
au fond, qu'importe !
Dans le marais de Saint-Bonnet, Jean-Pierre a failli perdre sa fille qui l'a appelé au
secours. Un miracle que, dans la nuit, ils se soient retrouvés. Piégés de part et
d'autre, c'est à la nage qu'ils ont rejoint la Parisienne qu'ils voulaient fuir et Où
ils ont attendu le matin A Saint Sorlin de Conac, on eut moins de chance. Thomas, 13 ans,
qui était dans une tonne, est mort d'hypothermie, l'adulte qui l'accompagnait, n'a pu
rien faire. Robert, 77 ans, handicapé en fauteuil roulant est mort noyé sous 1 ,80 m
d'eau, Yvette, a femme, réfugiée sur un bord de fenêtre avec de l'eau jusqu'à la
taille, l'a vu mourir sous ses yeux. A Mortagne, c'est Albert qui a perdu son père
"Je suis venu le chercher" dit-il, "il s'est entêté à ne pas vouloir me
suivre" Etienne est tombé dans son couloir et s'est noyé dans 1,40 m d'eau, il
avait 94 ans A St-Seurin d'Uzet, Jacky, lui, a perdu, sa femme et son petit garçon de 3
ans "Pourquoi suis-je sorti en les laissant seuls 7. Les tempêtes, j'y suis
habitué, je n'ai pas pensé qu'elle aurait peur Je n'arrivais plus à revenir et quand
enfin, je suis arrivé, la porte était ouverte. J'ai pensé tout de suite au pire".
Mais le pire est arrivé.
Valérie est sortie et a été emportée
sous les flots avec son enfant... "C'est mon aîné qui me tient", dit-il,
"sans lui, je serai perdu"...
Pardon à Jacky si en le rencontrant par hasard sur le port, nous avons si maladroitement
réveillé sa blessure avec nos stupides questions. Pardon encore à lui, si nos
recherches sur l'évolution du prix de la pibale l'ont amené, plus tard, à
ressortir de son garage ses cahiers si bien tenus qui lui ont fait tant de mal à ouvrir.
Noyés dans 80 cm d'eau, même ses souvenirs professionnels sont perdus. Jacky nous a
emmené sur la Rivière. "En face", dit-il, "c'est le Médoc, c'est là
qu'on m'a le plus aidé". . Son visage, buriné par le soleil, sourit Jacky aime
être sur la Rivière. "Mon grand père était pêcheur fils et petit fils de
pêcheur. Mon fils veut être marin. Dans la famille, on a ça dans le sang Moi, ici, le
suis sur la mer !" Et faisant virer sa yole pour montrer la côte
saintongeaise, "regardez !", dit-il, "regardez comme c'est beau !"