La Voie romaine , le chemin obligé.
Au Moyen-Age, nul ne voyageait comme on
le laisse entendre aujourd'hui. Pour rejoindre les tombeaux saints, les pèlerins de
Saint-Jacques de Compostelle ont suivi les voies romaines. Mais par où qu'i passiant
don tous ces pèlerins de Compostelle, que les inconditionnels de saint Jacques nous
présentent comme aussi nombreux que les Parisiens su' les autoroutes, un soir de
Pentecôte ? "Partout" répondent aujourd'hui nos offices de tourisme !
Mais tout spécialiste vous dira qu'il faut modérer l'enthousiasme. D'abord, on vous avancera quelques chiffres, dont le plus terrible: 6 milliards de ghenses asteur sur la planète, soit deux fois plus qu'en 1960 ! La ville de Saintes aurait compté à ses grandes heures du Moyen-Age quelque 9 000 habitants pour un peu plus de 27 000 aneut. Et encore, elle n'est pas référence en matière de progression humaine, comparée à La Rochelle, qui a enregistré, en 8 siècles. un bond spectaculaire en multipliant sa population par 100. La France compte plus de 60 millions d'habitants. O yat pas longtemps, jh'apprenions aux écoles, que jh'étions guere mé de 55 millions. Et en l'an 1000, i z'étiant combin ? 10 millions, 15 millions ? Sur les chiffres, tout le monde vous dira qu'il faut rester prudent : dans le temps, i faziant pas de recensement ! Mais une chose est acquise : au Moyen-Age, il y avait moins de ghense, moins d'habitations et moins de chemins aussi. ..
Quiconque travaille au sein d'une
direction de voirie vous dira qu'il serait présomptueux de croire, parce qu'elles nous
paraissent naturelles, que les liaisons routière d'aujourd'hui, sont comparables à
celles d'hier Il y a même eu en la matière une véritable révolution et elle date
seulement des 40 dernières années. Et tôtes thiéllées déviations et ces 4
voies qu'en fazant 6 en région parisienne ! Et tôts thiéllés
ronds-points qui poussant peurtout coum des furoncles ! Bien sûr on vous
expliquera que c'est la voiture qui a conditionné ces 5 énormes changements et qu'au
fond, cette fin de XX e sera surtout marquée par un changement fondamental e de
civilisation. Gueurnut, lui, vous rappellerait qu'en 1850, sa grand-mère ne connaissait
pas le vélo et que pour se déplacer elle n'avait encore que ses jhambes. Autant
dire que quand nom de mon village ! elle allait quelque part, elle n'y allait pas... par
quatre chemins.. Qui croit que le pèlerin de Compostelle passait partout, doit
impérativement interroger les anciens du pays. Eux aussi confirmeront qu'il n'y pas si
longtemps, on ne circulait pas coum aneut. Pour preuve, ils vous montreront
encore les panneaux de direction qu'ils ont fait eux mêmes sur des bouts de planches pour
renseigner ces voyageurs égarés qui, dans les fins fonds des campagnes tournent en rond
en beurdassant. Ils vous expliqueront que c'est très récemment que
l'administration des routes a posé, à l'entrée de leurs villages, des signalisations
plus officielles. Ils vous préciseront aussi que leur éclairage public date de moins de
10 ans. Enfin, ne leur en causez pas trop de thiéllée affeire-là. Et qu'étout
que ces manières de meit dau jhor la neut ? Et tôts thiéllés
lampadaires qui dépensant de l'arghent peur reun sous les fenêtres en vous brouillassant
le sommeil, jusqu'à celui des jhaus, qu'o faut asteur tirer les volets
? En été, o l'attire les mussets et le moustique et dans sa propre cour, pu
possible d'argarder les étoiles dau ciel en pissant d'yor. Pour tout dire, sur
l'éclairage public, nos ruraux auraient à redire et surtout, que si i z'aviant volu
vivre coum à la ville, iz'y seriant partis et que ce n'était pas la peine de les
bassiner dans les années 1976, avec les économies d'énergie de Giscard !...
Pour vous convaincre qu'il n'y a pas si longtemps, on ne s'aventurait pas comme ça dans
les campagnes, no aghenses vous citeront des noms, surtout de cheun gâtés
aussi chétits que zeu maitre, qui déambulaient l'époque d'avant Brigitte
Bardot et dèfendaient plutôt gueulardement, certains passages. Quelques bons
fait divers de fesses, de jhambons et de mollets âprement accrochés, et jh'en
queuneussons minme de lamboural finiront par vous persuader que dans un temps récent
encore, il était des endroits où le quidam estranger ne passait pas. Alors au
Xlle siècle, au temps du loup ! Raison pour laquelle, dans nos contrées, les anciens
racontent que si le pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle a bien traversé le coin,
sûr qu'au temps d'Aimery Picaud, s'il ne voulait pas s'écarter de sa route pour arriver
à bon port, il ne devait guère s'écarter non plus de la Voie. Entendez Romaine !